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Ce document a été adopté par la IXème Conférence du Comité pour la Construction du Parti Ouvrier Révolutionnaire, la Construction de l’Internationale Ouvrière Révolutionnaire les 22 et 23 mars 1997.
Toutes les analyses de la situation internationale réalisée par le Comité pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire, la construction de l’Internationale ouvrière révolutionnaire depuis sa constitution l’ont été sur la perspective de la conjonction de la révolution sociale et de la révolution politique. C’est en référence à la grève générale à caractère révolutionnaire de mai-juin 1968 en France, elle-même sommet d’un puissant développement de la lutte des classes dans les pays capitalistes, et du mouvement du printemps et de l’été 1968 en Tchécoslovaquie faisant suite aux puissants mouvements à caractère révolutionnaire de juin 1953 dans la partie Est de l’Allemagne, de la Pologne en 1956, à la révolution hongroise des conseils de novembre-décembre 1956, que cette perspective était ouverte.
Crises et mouvements révolutionnaires se sont succédés. Pour ne signaler que les principaux :
- Au Chili, élection le 14 septembre 1970, à la présidence de la République de Salvator Allende. Elle a préludé à des développements révolutionnaires qui se sont produits au cours des années 72 et 73 et auxquels ont répondu le coup d’État de Pinochet, l’assassinat d’Allende et l’instauration de la dictature militaire.
- A partir du 25 avril 1974, révolution portugaise, son impact a, pour le moins, contribué à la chute du régime de la dictature des colonels en Grèce (24 juillet 1974) et au moment de l’agonie de Franco et de sa mort (20 novembre 1975) à l’escamotage du régime franquiste auquel a succédé la monarchie constitutionnelle de Juan Carlos.
- Au cours des années 70/80 l’Amérique Latine a été secouée par de puissants mouvements de classe qui ont souvent pris un caractère révolutionnaire. A partir de 1976 développement au Nicaragua d’un processus qui a abouti à la prise du pouvoir par les armes en juin 1979 par le Front Sandiniste. Dans toute l’Amérique centrale le pouvoir et les gouvernements en place en ont été ébranlés et ils ont été confrontés à de puissants mouvements. Au Salvador notamment s’est constitué le Front de Libération Farabundo Marti qui à l’exemple du Front Sandiniste a engagé la lutte armée contre le pouvoir en place. Le 2 février 1986, à Haïti, Duvalier a été chassé du pouvoir et a dû s’exiler sous la pression des masses. Dans nombre de pays d’Amérique du Sud se sont produits de puissants mouvements de classe, se sont ouvertes des situations révolutionnaires.
- Décembre 1978, en Iran : début de la révolution qui a chassé du pouvoir le shah d’Iran.
-Au Moyen-Orient la lutte du peuple palestinien n’a pas cessé au cours de ces années.
- A la fin et à la suite de la décolonisation, la plupart des pays d’Afrique ont été déstabilisés ; lieu de conflits et de luttes souvent très confuses. En Afrique du Sud, le soulèvement des étudiants noirs de Soweto le 14 juin 1976 contre l’obligation d’apprendre et d’utiliser la langue afrikaner dans l’enseignement leur coûte 23 morts et plus de 200 blessés. Ce fut le point de départ du combat qui aboutira à ce que l’ANC accède au pouvoir.
- Aux Philippines, la mobilisation des masses, entre le 15 et le 25 janvier 1986, a contraint Ferdinand Marcos à renoncer au pouvoir et à s’exiler.
- De grandes luttes de classe, grèves, manifestations ont eu lieu dans les principaux pays capitalistes d’ Europe, sans qu’ils atteignent le niveau de crise révolutionnaire ouverte.
- Aux USA les années 70 sont marquées par de puissants mouvements contre l’intervention militaire au Vietnam, par les mouvements des noirs, le scandale du Watergate, lequel contraint Nixon à démissionner, le 8 août 1974, de la présidence de la république. Le scandale du Watergate ouvre une crise du pouvoir aux USA.
Les années 80 sont au contraire aux USA marquées par le triomphe de la réaction sous les mandats de Reagan et Bush.
CRISE, SITUATION RÉVOLUTIONNAIRE, RÉVOLUTION, EN EUROPE DE L’EST
- A peine la normalisation était-elle réalisée, à la suite de l’invasion le 20 août 1968 par les troupes du pacte de Varsovie, de la Tchécoslovaquie, qu’en réplique à la hausse des prix des produits de consommation courante, décrétée par le gouvernement Gomulka, des grèves ont éclaté dans les ports de la Baltique. Face à la répression une véritable insurrection s’est déclenchée. Les 14 et 15 décembre les travailleurs de la côte balto-polonaise ont pris d’assaut les locaux du P.O.U.P. et de la police politique. Le gouvernement Gomulka a réprimé brutalement et de faon sanglante ce mouvement (plus d’une centaine de morts et des centaines de blessés) en utilisant les tanks. Mais le mouvement de grève a commencé à s’étendre en d’autres régions de Pologne. La bureaucratie polonaise a reculé. Gomulka a été révoqué de la direction du P.O.U.P. et du gouvernement polonais, Gierek lui a succédé. Il a reculé face aux travailleurs en annulant les hausses de prix et en engageant un dialogue historique avec ceux de Szczecin au cours d’un vaste rassemblement (24 janvier 1971). Ultérieurement, il a tout remis en cause.
- En Pologne d’autres mouvements se sont déroulés au cours des années 70. Le 24 juin 1976 le gouvernement Gierek décide à son tour une hausse des prix. Le 25 les travailleurs de l’usine mécanique d’Ursus près de Varsovie et de Radom se sont mis en grève. Gierek a reporté la décision de hausse des prix mais il déclenche une répression brutale contre les travailleurs d’Ursus et de Radom. Par dizaines et centaines ils furent arrêtés et condamnés. C’est pour lutter contre la répression que s’est construit le "KOR" (Comité pour la défense des ouvriers) lequel a joué un rôle politique considérable dans la préparation de la grève générale d’août 1980.
- En URSS, il faut noter la publication du Samizdat et la formation d’une opposition intellectuelle.
- A nouveau en Pologne l’annonce le 1er juillet 1980 de la hausse des prix de la viande a déclenché au cours de ce mois des mouvements revendicatifs. Le 14 août commence au chantier naval de Gdansk la grève qui va s’étendre et aller vers la grève générale de l’ensemble des travailleurs polonais. Cette grève se termine par les "accords de Gdansk" (signés le 31 août) entre le comité de grève de Gdansk que préside l’agent de l’Église Walesa et les représentants du gouvernement de la bureaucratie polonaise. La bureaucratie cède à certaines revendications des travailleurs. Ces accords reconnaissent le droit aux travailleurs à s’organiser syndicalement, mais en même temps, de facto, la pérennité de la bureaucratie, de son pouvoir, de ses institutions. Ils ne sont pas viables. Le coup d’état de Jaruzelski du 13 décembre 1981, instituant "l’État de Guerre" et proclamant un "conseil militaire de salut national", dissolvant "Solidarnosc", jetant en prison des milliers de militants, d’intellectuels, conclut les "accords de Gdansk". Il n’empêche que la grève d’août 80 porte un coup à la bureaucratie polonaise dont elle ne se relèvera pas. Elle retentit dans tous les pays de la partie Est de l’Europe et aggrave considérablement la crise de la bureaucratie du Kremlin.
Dès août 1988 ont lieu d’importantes manifestations en Tchécoslovaquie ; le 17 novembre, a lieu une manifestation de 30 000 étudiants et lycéens, la plus importante depuis 20 ans. Du 19 au 26, les manifestations sont quotidiennes : 300 000 manifestants le 24. Le 27, c’est une grève générale de deux heures ; le 29, le rôle dirigeant du PCT, le parti stalinien tchèque, est abrogé. Le 1er décembre, c’est celui du SED allemand qui est abrogé, le 5 décembre, les manifestants occupent les locaux de la STASI, la police politique, dans de nombreuses villes ; le lendemain Krenz quitte le pouvoir. Le 11 décembre, en Tchécoslovaquie, commence la démolition du rideau de fer. Quatre jours auparavant, sous la pression de la rue, le gouvernement conduit par Ladislas Adamec démissionne ; il avait duré quatre jours.
Les autre pays voient durant cette période se développer des processus analogues : en Hongrie, d’importantes manifestations ont eu lieu en mars et en juin 1989 ; en Bulgarie, de puissantes manifestations ont lieu en novembre et décembre 1989, d’autres manifestations et grèves en juin et novembre 1990, puis en mars, avril et mai 1991 tandis que se succèdent les présidents et chefs de gouvernements ; finalement, après deux années d’une crise ouverte qui le disloque, l’appareil stalinien replâtré en PSD doit abandonner le gouvernement.
En Roumanie, après les émeutes ouvrières à Brassov (novembre 1987) puis les manifestations violentes à Timisoara (décembre 1989), la situation transite vers une situation révolutionnaire : les manifestations se poursuivent en dépit de la répression ; le 21 décembre, la foule conviée à soutenir le "Conducator" se retourne contre lui ; le lendemain, des militaires fraternisent avec les manifestants tandis qu’est proclamé l’état d’urgence ; Ceausescu abandonne le pouvoir alors que de violents combats ont lieu entre l’armée et une partie de la police secrète, la Sécuritate, restée fidèle au dictateur stalinien. Le 25 décembre est annoncée l’exécution de Ceausescu et de sa femme sur ordre d’une des fractions de la bureaucratie. Sans parler même ici du prolétariat de l’URSS, ce rappel succinct montre à l’évidence que ces régimes bureaucratiques de l’Est de l’Allemagne et de l’Est de l’Europe, vassaux de la bureaucratie du Kremlin dont ils étaient une excroissance, sont tombés sous le coup des masses. Certes ces régimes étaient dans une impasse totale ; certes ils ont été lâchés par la bureaucratie du Kremlin elle même en crise ; encore a-t-il fallu que le prolétariat et la jeunesse montent à l’assaut du pouvoir de la bureaucratie.
L’ensemble de ce processus a constitué un mouvement révolutionnaire qui pouvait être la préface à la révolution politique, à la prise du pouvoir par le prolétariat pour instaurer sa dictature, la démocratie des Soviets. La révolution politique était bel et bien à l’ordre du jour. Axer nos analyses et notre politique sur la perspective de la conjonction de la révolution sociale et de la révolution politique a été justifié par le développement de la lutte des classes aussi bien dans les pays capitalistes que dans ceux sous le joug de la bureaucratie du Kremlin et de ses satellites.
De toute façon la tendance fondamentale des bureaucraties parasitaires et contre-révolutionnaires est d’aller dans le sens de la restauration capitaliste. Gorbatchev au pouvoir s’est très rapidement orienté dans ce sens pour tenter de franchir l’impasse dans laquelle se trouvait la bureaucratie du Kremlin. Main tendue à l’impérialisme, fin de la course aux armements et coopération avec lui pour le règlement des conflits régionaux ; "Perestroïka" c’est à dire premier pas vers "l’économie de marché" (la restauration de l’économie capitaliste), "Glasnost" c’est à dire une libéralisation politique limitée et contrôlée. Dans les différents pays de la partie Est de l’Europe, à des degrés divers une orientation correspondante était adoptée. La Hongrie s’était engagée la première sur la voie de la "Perestroïka".
Les prolétariats ont été la force de frappe des mouvements révolutionnaires qui ont eu lieu dans la partie Est de l’Europe. Ce sont eux qui ont disloqué, fait s’effondrer le pouvoir des bureaucraties parasitaires et, par ricochet, qui ont déstabilisé la bureaucratie du Kremlin. Les aspirations et les revendications de ces prolétariats, de ces mouvements se situaient sur l’axe de la révolution politique. Pourtant ces mouvements étaient loin d’être chimiquement purs. Ils ont subi la pression de la bourgeoisie internationale, de l’impérialisme, et ont été pénétrés par les forces restaurationnistes existantes dans les pays où le capital avait été exproprié. Ils ont subi l’attraction des vitrines des pays capitalistes dominants. De plus, de façon immédiate, le prolétariat revendiquait les libertés démocratiques élémentaires compatibles avec la démocratie bourgeoise. La lutte pour se libérer de l’oppression et de l’exploitation qu’exerçait sur ces pays la bureaucratie du Kremlin, posait des questions nationales, la dictature des bureaucraties parasitaires valorisait le parlementarisme bourgeois.
La dislocation de la bureaucratie du Kremlin et des bureaucraties satellites, leur chute, n’ont pas liquidé, fait disparaître les conséquences de l’exercice du pouvoir par ces bureaucrates. Celles-ci s’identifiant au marxisme, à la Révolution d’Octobre, au bolchevisme, à la dictature du prolétariat, elles ont contribué à les discréditer. La bureaucratie du Kremlin a réussi à couper le prolétariat de l’URSS de sa propre histoire, de la Révolution d’Octobre 1917. Elle a exterminé systématiquement tout ce qui pouvait le relier à la révolution, à ses traditions, à son histoire.
Dans les pays de la partie Est de l’Europe le mouvement ouvrier a été liquidé, exterminé par les partis, les organisations staliniennes et le appareils d’État. En même temps à l’étranger étaient assassinés, exterminés par les agents de Staline, par Hitler ceux, dont Trotsky, qui se battaient dans la tradition bolchevique, dans la tradition d’Octobre 1917, pour construire des partis ouvriers, une internationale ouvrière révolutionnaire. La IVème Internationale, constituée par Trotsky, et ses organisations n’ont pas réussi à s’implanter profondément dans la classe ouvrière et la jeunesse, à se construire. Finalement le révisionnisme (Pabliste d’abord, de diverses sortes ensuite) les a rongées, décomposées et détruites.
Souvent, c’est une fraction de la bureaucratie, voire une fraction majoritaire de la bureaucratie, qui a procédé directement à la "démocratisation", à la "réforme économique". Dans aucun des cas l’ancien appareil d’État n’a été balayé, détruit ; il a simplement été réadapté aux nouveaux régimes politiques et économiques.
Quelques exemples : En Pologne, c’est Jaruzelski qui a organisé les négociations avec Solidarité pour aménager le régime. L’Église catholique a été associée à cette négociation, et contrôlait par ailleurs une partie essentielle de Solidarité. Bien qu’ayant subi une défaite aux élections dites "semi-démocratiques" de juin 1989, le P.O.U.P. put d’abord rester au pouvoir. Le 8 septembre 1989 c’est un homme de l’Église, Maziowiecki qui devenait premier ministre avec un gouvernement composé de ministres du P.O.U.P. (4) de Solidarité (12) et de deux partis bourgeois (4). Les dirigeants de Solidarité investissaient progressivement l’appareil d’ État en le préservant pour l’essentiel. Le 10 janvier 1990, la Pologne entrait officiellement dans "l’économie de marché". Ensuite, jusqu’en novembre 1995, Walesa et ses gouvernements pourront poursuivre la politique de privatisation. Les pouvoirs de l’Église seront également restaurés.
En Hongrie, c’est en septembre 1989 qu’est organisée la transition "vers la démocratie" par le parti stalinien au pouvoir, le PSDH, un an après que Ianos Kadar ait été évincé de sa direction. En octobre 89, le PSDH décide de devenir parti socialiste Hongrois. En avril 1990, l’opposition constituée en "Forum démocratique" accède au gouvernement en s’alliant à des partis dits de droite à la suite d’élections législatives "libres".
En Tchécoslovaquie, deux jours après l’importante manifestation étudiante du 17 novembre durement réprimée, dix-neuf organisations constituent un "Forum civique" qui propose au gouvernement d’engager des négociations. Les manifestations s’amplifiant, la crise du PCT au pouvoir s’exacerbe : éviction de ministres, puis changement de gouvernement, lequel démissionne sous la pression de la rue ; en décembre 89, c’est Husak lui même, président de la République, qui démissionne. A la fin décembre, Alexandre Dubcek et Vaclav Havel qui avaient été acclamés par les manifestants, sont nommés respectivement président de l’Assemblée fédérale et, président de la République. Les élections de juin-juillet 1990, organisées conjointement par le PCT et l’opposition, entérinent la passation des pouvoirs : le "Forum démocratique" remporte une large victoire aux élections législatives, et Vaclav Havel est réélu à la présidence de la République. Incontestablement, en l’absence de parti ouvrier, les travailleurs et la jeunesse ont apporté leur soutien à cette "transition" gouvernementale.
En Bulgarie, l’enchaînement des événements est plus complexe, le parti stalinien s’accrochant au pouvoir (cf Rapport pour la 8ème Conférence du Comité -1ère partie) ; se combinent également crise politique, crise gouvernementale et manifestations de masses ; finalement, à la suite d’élections organisées en octobre 1992, une "transition" est organisée conjointement par l’opposition électoralement victorieuse ("l’Union des forces démocratiques") et le parti stalinien qui, en avril 1990, avait pris le nom de Parti socialiste Bulgare.
Quant à la Roumanie, la liquidation du couple Ceausescu permet la mise en place d’un nouveau pouvoir, le CFSM (Conseil du Front de Salut National) présidé par Ion Illiescu. Petre Roman est nommé premier ministre. Les élections de mai 1990 confirment Illiescu en tant que président de la République et le Front de Salut National comme majorité parlementaire.
Ces rappels indiquent comment le mouvement des masses, aussi décisif ait-il été, a été totalement pris en main, canalisé, dévoyé par et au profit d’organisations restaurationnistes petites bourgeoises, et cela avec l’appui des appareils staliniens ou tout au moins de fractions essentielles de ceux-ci. Ne pouvant plus tenir les rênes du pouvoir, la bureaucratie stalinienne a fait le choix systématique de liquider ce qui restait d’État ouvrier, de réintroduire le capitalisme en passant le relais, le plus souvent à des organisations petites bourgeoises. Tel est le prix du désarmement politique de la classe ouvrière.
Ces mouvements pour les droits nationaux débouchèrent sur la réunion à Minsk en décembre 1991. Les représentants de la Russie, de la Biélorussie et de l’Ukraine dissolvaient l’URSS et proclamaient la Communauté des États Indépendants ouverte à tous les États de l’ex-URSS.
Les revendications nationales si importantes soient elles sont un terrain où la classe ouvrière peut être relativement facilement phagocytée, si une avant-garde ouvrière ne lui ouvre pas la voie de la Révolution prolétarienne.
Pourtant cela ne suffit pas à expliquer le mouvement qui s’est produit. La crise de la bureaucratie a ouvert des brèches par lesquelles le mouvement a surgi. Il avait un contenu politique. A de tels mouvements, la bureaucratie répondait avant par des coups de mitrailleuses. Cette fois elle a lâché du lest. Si les organisations dont se dotaient les mineurs n’étaient pas encore des Soviets, ils en avaient des caractéristiques.
Le 21 juillet, un accord était conclu entre les représentants des mineurs du bassin du Kouzbass et cette commission. Plus ou moins rapidement selon les mines, le travail a repris. Entre temps, les mineurs du Donbass en Ukraine, ceux du bassin de Karaganda, de Vorkouta dans le grand Nord s’étaient mis en grève. En Ukraine, le comité de grève élu par les mineurs leur a proposé de reprendre le travail pendant que se déroulaient les négociations. Ils ont refusé. Cette fois, le premier ministre Rijkov a reçu, le 24 juillet au Kremlin, les délégués des mineurs du bassin du Donbass. Finalement pour les mineurs du Donbass, de Karaganda, de Vorkouta un accord a été conclu ayant le même contenu que celui conclu par les mineurs du Kouzbass. Les 26 et 27 juillet dans toutes les mines de charbon de l’URSS, la reprise du travail était effective.
De toute façon, c’est politiquement une escroquerie. Le mouvement se dressait et, de fait, mettait en cause, potentiellement le pouvoir, la bureaucratie du Kremlin. Il a été réduit à un simple mouvement revendicatif. Les mineurs n’ont même pas constitué un comité central de grève. Ils se sont laissé cantonner aux limites de leurs régions réciproques. Ils n’ont pas même constitué de nouveaux syndicats. Les syndicats officiels écartés de la direction du mouvement ont, dès le lendemain de la grève, repris leur place.
Pourquoi en fut-il ainsi ? C’était la limite de la spontanéité. Le mouvement pouvait engendrer une nouvelle direction politique de la classe ouvrière, mais pas de manière spontanée. C’était la conséquence de l’absence de la IVème Internationale. Là est le "secret" de ce que le prolétariat de l’URSS était et est pleinement désarmé, il en est réduit à servir de force de frappe soit de parties de la bureaucratie du Kremlin, soit de forces carrément restaurationnistes.
Très rapidement, la politique restaurationniste conduite par ces gouvernements transitoires (début, ou poursuite de la dislocation de la planification, début ou poursuite de la remise en cause des monopoles du commerce extérieur ; premières privatisations) s’est traduite par une aggravation de la situation économique et sociale, pourtant déjà très difficile qui était faite aux masses : baisse du pouvoir d’achat, apparition du chômage, etc... Très rapidement aussi, le soutien électoral qui avait été apporté à ces divers "fronts" ou "forum" s’est effondré. Cela s’est traduit, selon les cas, par une hausse, parfois spectaculaire, des abstentions (80% d’abstention aux élections présidentielles de juillet 1990 en Hongrie, par exemple), ou plus généralement par des votes majoritairement en faveur des anciens partis staliniens repeints aux couleurs de la "démocratie" et du "socialisme".
Rappelons une fois encore qu’en aucun cas ces partis ne sont des partis "ouvriers", (des partis ouvriers-bourgeois) ; A l’origine, ce sont des organisations de la bureaucratie stalinienne construites sur la destruction du mouvement ouvrier, destruction souvent physique et sanglante, toujours imposée par la force de l’appareil d’État .
Leur badigeonnage aux couleurs de la démocratie bourgeoise dans le cadre du krach des régimes bureaucratiques n’en font pas pour si peu des organisations ouvrières-bourgeoises, mais exprime au contraire - si besoin était ! - leur véritable nature d’organisations totalement étrangères au mouvement ouvrier.
Le fait que, très vite, des votes massifs se soient exprimés en leur faveur n’est en aucun cas l’expression d’un vote de classe ; ce n’est que l’expression d’un immense désarroi politique, de l’extraordinaire confusion qui est celle de la classe ouvrière et de la jeunesse de ce pays. Le vote pour des organisations petite-bourgeoises, ou l’abstention, ou le vote pour les ex-partis staliniens sont l’expression de la même impasse et sont un point d’appui pour la restauration du capitalisme. En votant pour ces partis formés dans le moule de la bureaucratie stalinienne, les travailleurs marquent leur rejet d’une politique restaurationniste qui se traduit par une chute dramatique du pouvoir d’achat, la liquidation de leurs conquêtes et acquis sociaux, le chômage, la flambée de la spéculation, des trafics en tous genres, du gangstérisme. Mais les quelques vagues critiques formulées par les ex-PC à l’encontre des "excès" de la restauration capitaliste ne peuvent cacher qu’ils sont eux-mêmes, fondamentalement, sur la même orientation.
- Dès l’automne 1992, en Lituanie, l’ex-PC remporte la majorité absolue aux élections législatives.
- En Pologne, en septembre 1993, l’ex-PC structurant "l’Alliance de la Gauche Démocratique" obtient 132 sièges, ils ont à eux deux la majorité absolue. Walesa est alors président de la République. Il entend poursuivre à marche forcée la réintroduction du capitalisme et la reconstruction du pilier historique de tout ce que l’histoire polonaise compte de réactionnaire : l’appareil clérical, ses privilèges, son ordre moral. Durant deux années de cohabitation, l’ex-PC devenu SDRP (Social Démocratie de la République Polonaise) et ses satellites ne vont pas fondamentalement s’opposer à la politique de restauration capitaliste. Mais ils vont récupérer à leur profit le mécontentement suscité par la liquidation des acquis sociaux et par la réintroduction, imposée par l’État, de l’ordre clérical.
C’est ainsi que l’avortement devint un délit et qu’un concordat a été signé en 1993 entre l’Église et l’État, mais les députés de l’ex-PC se sont opposés à sa ratification. Le 19 novembre 1995, à l’occasion des élections présidentielles, s’achève le règne de Walesa dont le prestige ancien - acquis à la tête de Solidarité - est complètement épuisé : c’est Aleksander Kwasniewski, candidat du parti social démocrate, qui est élu avec 51,7% des voix.
Kwasnieski fut en 1989 ministre de la jeunesse ; il participera, pour le compte du gouvernement stalinien, à la "table ronde" préparant la passation des pouvoirs. Après le sabordage du P.O.U.P., il organisa la reconstruction de l’appareil en récupérant l’héritage du P.O.U.P.. Dès son élection, sa déclaration est explicite : "nous devons travailler ensemble, chercher ce qui lie les polonais. Le dialogue est possible" dit-il à l’adresse des électeurs de Walesa, dont beaucoup ont suivi les consignes de vote martelées par le clergé. "Ce n’est qu’ensemble que nous entrerons dans l’Union européenne et dans l’OTAN ".
Sur le plan intérieur, il entend poursuivre dans ses grandes lignes les réformes économiques conduites du temps de Walesa. Ce retour des ex PC, qui se fait avec l’assentiment de l’impérialisme, offre pour l’entreprise de restauration du capital plusieurs avantages : - il permet de capter, de figer, le mécontentement suscité par la réintroduction du capitalisme, d’entraver la mobilisation des masses au nom d’une politique soi-disant plus "mesurée". - il permet d’utiliser pleinement l’expérience du pouvoir, de la gestion de l’État, acquises par les ex-PC : des décennies durant, ceux-ci ont sélectionné et formé - pour leur propre compte - des dizaines ou des centaines de milliers de permanents, de fonctionnaires d’autorité, d’experts en tout genre ; ils demeurent profondément liés à l’appareil d’État, lequel s’est adapté sans grand changement à la nouvelle situation. A l’inverse, les équipes petites bourgeoises manquaient de cadres et d’expérience. Pour l’impérialisme, ces partis sont aujourd’hui utiles. - enfin, dans une situation où la restauration capitaliste n’est pas achevée, il manque une solide classe bourgeoise pour pouvoir affronter les masses et constituer un ou des puissants partis bourgeois pour conduire cet affrontement. Les organisations petites bourgeoises ne sont pas à la hauteur ; leur base sociale (petits commerçants en tous genres, professions dites libérales, trafiquants divers...) est trop hétéroclite, socialement insuffisamment soudée, organisée, à l’inverse, les partis ex-staliniens sont souvent liés à des fractions de l’ancienne nomenclatura qui se sont appropriés des secteurs économiques anciennement étatisés, des fractions qui se constituent en bourgeoisie.
Si nécessaire, une alliance est constituée entre ex-PC et organisation petite bourgeoise, l’une et l’autre devenant des forces pleinement bourgeoises. C’est le cas en Hongrie.
Hongrie : les 8 et 9 mai 1994, le Parti Socialiste (ex-stalinien réformateurs) s’est assuré 209 sièges à l’Assemblée Nationale sur un total de 389. Rappelons qu’avant 1989 le parti stalinien (PSOH) était à l’avant-garde pour la remise en cause de l’économie planifiée et de la propriété étatique ; pour le Kremlin, la Hongrie était un "laboratoire".
En 1994 se constitue alors une alliance entre ex-PC et les "libéraux". Voici le bilan que Le Figaro en tire un an et demi après, sous le titre : "l’ex-PC tient les promesses de la droite" et le sous-titre : "les anciens communistes, devenus socialistes, font preuve de plus d’audace que le gouvernement conservateur qui les a précédés" :
De fait, ce programme brutal provoque une vague de grèves, en particulier grèves des enseignants, des étudiants, des cheminots, des infirmiers. Le 18 février 1996, le ministre des finances doit démissionner et le nouveau est invité à continuer, avec une "approche plus progressive". Parmi les mesures rejetées par les grévistes : le gel des salaires (alors que l’inflation est de 22%), la réduction des allocations familiales, le paiement de certains médicaments et de frais de scolarité. Mais, d’après Le Monde du 16 juillet 96, le gouvernement poursuit son offensive : "le tour de vis n’est pas fini. Le gouvernement (...) engage maintenant les délicates - et douloureuses - réformes qui frappent directement le quotidien : éducation, sécurité sociale et pensions. (...) Le projet de budget 1997 prévoit déjà la perte supplémentaire de quelques 42 000 emplois dans la fonction publique".
Sont également décidées la suppression de 10 000 lits hospitaliers d’ici la fin de l’année et le passage de l’âge de la retraite à 62 ans. Le chômage dépasse officiellement 10% et les "écarts sociaux se creusent". Telle est l’action conduite par un ex-PC revenu, très électoralement, au pouvoir.
On ne peut ici analyser en détail chaque pays. Les rythmes et les combinaisons diffèrent. D’une manière générale et au moins pour un temps, les ex-PC jouent actuellement un rôle majeur : en Bulgarie, par exemple, où l’ex-PC devenu PSB et qui avait connu un grave revers aux élections législatives anticipées d’octobre 91, gagna aux élections de décembre 1994 une large majorité parlementaire, cohabitant jusqu’en 1996 avec un président appartenant à l’ancienne "opposition" élu en 1992. Dans ce cadre général, la République Tchèque constitue une exception importante. Dans une situation où, en l’absence d’issue ouvrière et sous l’influence de l’impérialisme allemand, s’est brisée l’ancienne Tchécoslovaquie, l’État est dirigé par le très bourgeois Vaclav Havel et un gouvernement s’appuyant sur une majorité parlementaire dite "de centre-droit" composée du parti démocratique civique (ODS) de l’Alliance démocratique civique (ODA) et des chrétiens démocrates du KDU-CSL, au pouvoir depuis 4 ans. Le Parti communiste y demeure marginal. Plus encore : à l’occasion des dernières élections législatives (1er juin 1996), le PCT a régressé, passant de 13 à 10,3% des voix. Pourtant lors de ces élections, la majorité parlementaire bourgeoise a reculé de manière importante, passant de 112 à 99 parlementaires pour 200 députés au total. L’élément le plus notable (l’un expliquant vraisemblablement l’autre) est la progression très forte du Parti Social-démocrate (CSSD) qui en quadruplant son résultat de 1992, obtient 26,4% des suffrages. Or ce parti là n’est en aucun cas un ancien parti stalinien vêtu d’un nouvel habit. Il s’affirme comme l’héritier de l’ancien parti social-démocrate interdit par les staliniens en 1948, parti ouvrier-bourgeois par son histoire et occupant une place fondamentale à la veille de son interdiction. Ce parti social-démocrate a certainement reçu l’appui, pour se reconstituer du puissant et proche SPD allemand ; il est lui même totalement sur une ligne restaurationniste ; il a peu après les élections législatives fait la preuve de son "esprit de responsabilité" en s’abstenant pour que puisse se former un gouvernement bourgeois minoritaire, lequel va donc pouvoir poursuivre sa politique. En même temps, ce parti peut être considéré comme la reconstitution d’un parti ouvrier-bourgeois traditionnel, le témoignage de la recherche par la classe ouvrière d’une issue ouvrière. Cela étant dit, ce parti jouera son rôle d’organisation ouvrière-bourgeoise : sa politique sera celle dictée par la bourgeoisie, l’impérialisme. Pour la classe ouvrière tchèque, comme pour les autres classes ouvrières, la question centrale est celle d’un parti révolutionnaire.
Les élections législatives de décembre 1995 avaient constitué une défaite pour Boris Eltsine et une victoire pour le PC (voir les résultats dans l’article Russie : avant les élections présidentielles). Comment Eltsine et sa clique ont-ils rétabli leur situation électorale ? D’abord en manœuvrant et en mettant à l’écart en apparence les artisans les plus en vue de la politique restaurationniste et en suspendant jusqu’aux présidentielles la politique de privatisation. En signant avec Eltsine un accord provisoire mettant fin aux hostilités, les dirigeants Tchétchènes ont voté Eltsine. Une autre raison est l’appui ouvert que l’impérialisme (américain tout particulièrement) a apporté à Eltsine au mois de mars 1996, le FMI consentait à la Russie un prêt record de 10 milliards de dollars. Au mois d’avril, Bill Clinton se rendait à Moscou et y félicitait Eltsine : "grâce à Boris Eltsine, plus de 60%" de l’économie a été privatisée. Le 29 avril, le Club de Paris (c’est à dire les créanciers publics) décide le rééchelonnement de 40 milliards de dollars de dettes sur 25 ans, ce qui constitue un autre record. "La communauté internationale s’empresse tellement à soutenir Boris Eltsine pour l’élection présidentielle du 16 juin prochain qu’elle ne semble pas en mesure de lui refuser quoi que ce soit" notent Les Échos le 30 avril sous le titre explicite : "Le Club de Paris vote Eltsine " après le rééchelonnement de la dette commerciale ; deux jours après, c’était le Club de Londres, qui regroupe 600 banques créancières, qui bouclait un accord sur le rééchelonnement de 25 milliards de dollars de dette (sur 25 ans avec une période de grâce de 7 ans). Quant aux 7 milliards d’arriérés d’intérêts, ils seront restructurés sur 20 ans.
Il faut préciser que depuis 1991, la Russie n’honorait pratiquement plus ses engagements. Bien évidemment, de tels accords ne sont pas désintéressés, et l’impérialisme entend bien se rembourser au centuple. Il lui faut pour cela un gouvernement russe domestiqué, pour une bourgeoisie russe compradore : Boris Eltsine est au fond un agent pur et simple de l’impérialisme américain chargé du maintien de l’ordre en Russie et dans la CEI. A joué également le contrôle étroit exercé sur les moyens de propagande, télévision en particulier, par le clan de Boris Eltsine alors que cet outil a fait défaut à Ziouganov en dépit de l’imbrication étroite du PC russe avec des secteurs importants de l’appareil d’État. Enfin le programme électoral du PC russe n’était pas fondamentalement différent de celui d’Eltsine. Il est également sur une ligne restaurationniste, mais sur un rythme moins échevelé : d’une part, par crainte d’une puissante réaction du prolétariat russe, d’autre part afin de permettre à la fraction de la bureaucratie qu’il représente de s’assurer, à son seul profit, du bénéfice des privatisations. Invité au forum économique de Davos en février 1996, Ziouganov a rassuré les représentants ainsi rassemblés du capitalisme mondial : "Nous reconnaissons le pluralisme politique et les diverses formes de propriétés(...) la réforme est un processus normal de la propriété, mais il faut la conduire de façon raisonnable(...) il faut encourager à la fois les gens qui veulent entreprendre et travailler, et soutenir ceux qui souffrent." (La Tribune Desfossés du 25.2.96).
Dans ces conditions, Boris Eltsine arrivait en tête à la suite du premier tour des élections présidentielles du 16 juin, avec 35% des voix, contre 32% pour Ziouganov ; ce dernier n’améliorait donc pas son score de décembre. Le général Lebed - grand pourfendeur de la corruption et de la décomposition de l’armée - obtenait 15%. Les autres candidats se partageaient le reste. Aussitôt commençaient de grossières manœuvres : quarante-huit heures après le premier tour, Boris Eltsine scellait une alliance (sans doute préparée de longue date) avec le général Lebed : ce dernier, au nom des 15% de voix obtenus, était nommé secrétaire du conseil de sécurité, avec des attributions élargies. Dans le même temps était limogé, à la demande d’Alexandre Lebed, le général Pavel Gratchev qui était ministre de la défense. Peu après sa nomination, Alexandre Lebed accusait "l’entourage" de l’ancien ministre de la Défense d’avoir fomenté un coup d’État, resté sans suite. De son côté, Boris Eltsine laissait entendre qu’à ses yeux Lebed était son meilleur successeur possible. Le 20 juin, la guerre des clans faisait trois nouvelles victimes : A. Korjakov, M. Barsoukov et O. Soskouets, trois proches de Boris Eltsine, étaient limogés sous la pression d’autres "proches" d’Eltsine mais représentant d’autre fractions du régime. Jusqu’au second tour des élections, le général Alexandre Lebed a joué le rôle qu’on attendait de lui : le nationaliste fort-en-gueule se préparant au rôle de César, exigeant davantage de pouvoir, autant militaires qu’économiques. Pourtant son "pouvoir" ne dépendait que d’Eltsine lui même : le Conseil de sécurité est une structure de l’appareil présidentiel créé par oukase en août 1992, formé et présidé par le président. Ses débats sont à huis clos et son rôle est de préparer les décisions du président en matière de sécurité et de politique, tant intérieures qu’extérieures. De toute façon, tout serait remis en cause après le second tour. Finalement, Boris Eltsine sortait vainqueur du second tour avec 53,7% des suffrages exprimés contre 40,4% à Ziouganov( pour 67,25% de votants).
" Bref le président a assuré que ses promesses de campagne seraient respectées. Son conseiller économique, Alexandre Livichts, avait précisé mardi qu’une "inflation basse ne peut plus être le but final de la politique économique". M. Livchits, avait souligné que la priorité "est désormais la hausse des investissements et la reprise de la croissance". Pourtant la fameuse "stabilisation" est loin d’être acquise. Elle est notamment menacée par les dépenses de la campagne électorale et de la chute, pendant cette période, des rentrées fiscales des budgets de l’État et des régions sont inférieures de 15 milliards de dollars (78 milliards de francs) aux objectifs. Au premier semestre, le gouvernement n’a réussi à collecter que 60% des sommes prévues dans le budget.
" Au lendemain du scrutin, le représentant du Fonds monétaire international à Moscou, qui n’avait que des éloges à faire pendant la campagne, a changé de ton. Le gouvernement doit "s’occuper de la situation budgétaire afin d’augmenter les revenus aussitôt que possible et s’assurer que le programme de dépenses correspond aux buts généraux du budget", a déclaré Thomas Wolf. "La très mauvaise collecte des impôts, le versement des retraites, le financement exagéré des régions et les taux d’intérêts artificiellement élevés des titres d’État vont avoir une influence très négative sur la situation budgétaire à l’automne", a reconnu M. Livchits.
Le 6 août, les indépendantistes tchétchènes lancent une attaque de grande ampleur ; le lendemain, ils s’emparent de Grozny, la capitale tchétchène. Expression de la décomposition de l’Etat-major russe, défaite militaire programmée par l’un des clans ? Le fait est que cette offensive était annoncée depuis trois jours mais que la veille de l’attaque, des soldats russes avaient reçu l’ordre d’abandonner leur poste de contrôle à l’entrée de la ville. Dès lors, le conflit Tchétchène cristallise l’affrontement entre les clans de la bureaucratie.
Le 7 août, Eltsine et le premier ministre exigent "des frappes adéquates". La veille, un mystérieux attentat contre le premier ministre a échoué.
Le 9 août, c’est un Boris Eltsine à demi-mort, incapable de parler, qui est conduit à la cérémonie de prestation de serment.
Le 11 août, le général négocie directement avec le chef d’état-major des indépendantistes tchétchènes, mais en même temps il demande des renforts. Son véhicule est pris comme cible par des soldats russes (des "tirs amicaux " expliquera-t-on). De son côté le ministre de l’intérieur, le général Koulikov, un adversaire de Lebed, déclare : "nous pouvons choisir la manière forte mais il faut savoir que cela implique de grosses dépenses et, de toute façon, je suis sûr que nous n’obtiendrons aucun résultat".
Le 14 août, Eltsine signe un décret dotant le Général Lebed de pouvoirs accrus pour le règlement du conflit Tchétchène.
Le 15 août, la composition du nouveau gouvernement de Tchernomyrdine est rendue publique. Trois postes de "premier vice-premier ministre" (sic) traduisent la volonté de poursuivre la politique de restauration du capitalisme et la nécessité de tenir l’équilibre entre les différents clans qui se déchirent :
" Enfin, les inégalités entre régions, entre industries, entre catégories sociales... - se sont fortement accrues. Les 10% de Russes les plus riches ont des revenus 13,5 fois supérieurs (contre 4,5 fois en 1992) à celui des 10% les plus pauvres et les "nouveaux riches" paradent en voiture de sport sous les yeux des "babouchkas" condamnées à vendre des babioles pour survivre. Plus grave : le quart de la population ne touche même pas le minimum vital (estimé à 264 francs par mois).
" Mais les statistiques sont encore une science peu exacte en Russie. Ainsi la production et les importations de produits de boulangerie baissent-elles depuis des années alors que la consommation ne fait qu’augmenter... Il semble pourtant que, à côté des grands perdants des réformes - tels les retraités dont l’inflation galopante a réduit les économies à néant et dont le revenu moyen atteint misérablement 183 francs par mois -, une majorité de la population "se débrouille". Au-delà du travail au noir, nombre de russes exercent, outre leur métier principal, une activité d’ "entrepreneur" (taxi, commerçant, actionnaire, etc.) qui compense la chute de leurs revenus, souligne Gérard Wild, chef du département "pays de l’Est" au CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales).
(...)
" L’évolution est spectaculaire. Les salaires ne représentaient que 40% des revenus des ménages en 1995, contre 70% en 1992. Dans le même temps, la part de l’activité d’ "entrepreneur" a bondi de 16% à 45%. De plus, soutenu - grâce aux crédits occidentaux - par les autorités, le rouble s’est finalement beaucoup moins déprécié vis-à-vis du dollar que prévu, compte tenu de l’inflation. Les russes ont donc vu leur pouvoir d’achat en produits importés (alimentaire, électronique) multiplié par deux en dollars l’année dernière
" Des experts du ministère des Finances et de l’Économie enquêtent actuellement sur la disparition de l’argent. (...)
" La Russie se trouve peut-être, à la veille d’un mouvement de protestation sociale, sans précédent, depuis la chute de l’URSS et la détermination des mineurs encourage l’armée des "humiliés" à réclamer justice. La Fédération des syndicats indépendants qui regroupe 70 millions de travailleurs est un peu partout débordée par une base qui lui reproche son "attentisme".
" Selon un des responsable "la légendaire patience du peuple russe est épuisée". Il affirme qu’il reste très peu de temps au pouvoir pour contenir le "mécontentement populaire" décrit par Friedrich Gorenstein sous l’aspect d’un "sanglier fou" qui a ravagé le pays tout entier il y a 79 ans"
En clair, l’économie de la Russie, de l’ex-URSS (mais aussi de l’Est de l’Europe) doit être subordonnée aux puissances impérialistes ; ces pays doivent devenir des semi-colonies. Il n’y a pas de construction possible d’un capitalisme russe proprement dit mais seulement d’une économie dominée, d’une bourgeoisie compradore. Et de toute façon, pour qu’il y ait investissements massifs, il faut un "ordre" politique stable, solide : ce n’est pas demain la veille.
" Pour l’instant il faut continuer à caractériser ces États, en fonction de leur infrastructure économique et de son état, comme étant des états ouvriers dégénérés en voie de liquidation plus ou moins avancée sauf l’ex-RDA qui a été complètement liquidée et absorbée par la RFA. Il ne faut pas, surtout pas s’engager en des discussions byzantines sur cette question. Il n’y a aucune hâte à modifier cette appréciation. Mieux vaut un peu plus tard que trop tôt. De toute façon il faut combattre contre les privatisations. Mais ce sont là des mots, si n’est pas mis au premier plan, l’objectif de la conquête ou la reconquête du pouvoir politique par le prolétariat."
" L’URSS est une société intermédiaire entre le capitalisme et le socialisme, dans laquelle : a) les forces productives sont encore trop insuffisantes pour donner à la propriété d’État un caractère socialiste ; b) le penchant à l’accumulation primitive, né du besoin, se manifeste à travers tous les pores de l’économie planifiée ; c) les normes de répartition, de nature bourgeoise, sont à la base de la différenciation sociale ; d) le développement économique, tout en améliorant lentement la condition des travailleurs, contribue à former rapidement une couche de privilégiés ; e) la bureaucratie, exploitant, les antagonismes sociaux, est devenue une caste incontrôlée, étrangère au socialisme ; f) la révolution sociale, trahie par le parti gouvernant, vit encore dans les rapports de propriété et dans la conscience des travailleurs ; g) l’évolution des contradictions accumulées peut aboutir au socialisme ou rejeter la société vers le capitalisme ; h) la contre-révolution en marche vers le capitalisme devra briser la résistance des ouvriers ; i) les ouvriers marchant vers le socialisme devront renverser la bureaucratie. La question sera tranchée en définitive par la lutte de deux forces vives sur les terrains national et international."(La Révolution Trahie (De la Révolution) Ed. de Minuit p.606)
Pourtant dès le début de l’occupation par ses troupes des pays de la partie Est de l’Europe, la bureaucratie du Kremlin dut procéder à des étatisations considérables. Dans tous les pays de l’Est de l’Europe que l’impérialisme allemand avait occupés, il s’était également saisi de l’ensemble des entreprises. Sa défaite a laissé la propriété de celles-ci vacantes. La bureaucratie du Kremlin, les bureaucraties locales, projections de celle du Kremlin furent dans l’obligation d’en prendre le contrôle et de les gérer, sans pour autant prétendre modifier le mode de production .Ce furent les années dites de "Démocratie populaire".
LA BUREAUCRATIE EXPROPRIE LE CAPITAL DANS LES PAYS DE L’EST DE L’EUROPE
" Mesure révolutionnaire par sa nature "l’expropriation des expropriateurs" s’effectue dans ce cas de manière militaro-bureaucratique. Tout appel à une action indépendante des masses - mais sans un tel appel, fut-il très prudent, il est impossible d’établir un nouveau régime - sera sans nul doute étouffé le lendemain même par d’impitoyables mesures de police afin d’assurer la prépondérance de la bureaucratie sur les masses révolutionnaires." (Défense du Marxisme page 121).
Ce que Trotsky écrivait en Septembre 1939, à propos de la partie de la Pologne que le Kremlin occupait se réalisait point par point en 1948 mais cette fois à l’échelle de tous les pays de la partie Est de l’Europe : le capital était exproprié. Dans la citation faite ci-dessus, Trotsky décrit 9 ans auparavant, ce qui s’est passé dans les pays de l’Est de l’Europe et notamment en Tchécoslovaquie et qui fut appelé "le coup de Prague". Le contrecoup ce furent les sanglants procès montés de toutes pièces contre les directions des PC et des États au cours des années suivantes. (Procès Radek en Hongrie, Kostov en Bulgarie, etc...) Une des contreparties de l’expropriation du capital dans les conditions qui viennent d’être évoquées, ce fut le flot de sang que Staline a fait verser de 1948 à sa mort en 1953. A la veille de sa mort, il préparait une nouvelle et gigantesque épuration sous la couverture du "complot des médecins". A noter que quelques jours après sa mort les médecins furent libérés et leur "complot" s’évapora, ce qui jette un doute sur le fait qu’il soit mort de son plein gré.
Avant d’en arriver là, la politique du Kremlin a consisté à essayer de trouver un accord avec l’impérialisme américain à propos de ces pays de l’Est de l’Europe et de l’URSS. Mais l’impérialisme américain a mis en avant une politique qui ne revenait à rien de moins qu’à investir l’URSS, à y pénétrer et y rétablir le mode de production capitaliste. C’est ainsi qu’il proposa au Kremlin de participer au Plan Marshall en acceptant toutes les implications. D’autre part, il offrit au Kremlin d’ouvrir à l’URSS des crédits considérables à la condition que ses capitaux puissent librement circuler.
Mais la pénétration du capital en URSS et la restauration capitaliste ne peuvent que mettre en cause les bases sur lesquelles la bureaucratie s’appuie et aller, par conséquent, dans le sens de son ébranlement, de son éclatement et de sa liquidation en tant que telle. Aussi en juillet 1947 ses représentants ont-ils dénoncé le Plan Marshall et la politique d’investissement de l’URSS que voulait pratiquer l’impérialisme américain. Réagissant, celui-ci s’est engagé dans une politique de pression politique, économique, militaire sur l’URSS et les pays de l’Est de l’Europe, dans la course aux armements, dans la préparation ouverte d’une guerre contre eux.
Dès lors, la bureaucratie du Kremlin s’est orientée vers l’expropriation du capital dans la partie Est de l’Europe. En septembre 1947, elle constituait le Kominform. Le Kominform regroupait les représentants de neuf Partis communistes européens. Les Partis communistes français et italien et les partis communistes de l’URSS, de Yougoslavie, de Bulgarie, de Roumanie, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Pologne. Son objectif déclaré était de combattre la politique de l’impérialisme américain. Dans sa déclaration constitutive il appelait "à se rallier sur une plate-forme anti-impérialiste et démocratique" et non à la Révolution prolétarienne. Le Parti communiste yougoslave en assurait la présidence jusqu’au moment où, le 28 juillet 1948, il en fut lui-même exclu. La constitution du Kominform a annoncé le tournant radical qui fut appelé "le coup de Prague" (25 février 1948) : le Parti communiste de Tchécoslovaquie s’emparait pratiquement du pouvoir.
Très rapidement, le capital était exproprié en Tchécoslovaquie et dans les autres pays de la partie Est de l’Europe que les troupes du Kremlin occupaient. De son côté l’impérialisme américain préparait l’organisation de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). Le 4 avril 1949 était publié le Pacte atlantique qui affirmait la nécessité de constituer une alliance militaire pour la défense du "monde libre". Il comprenait d’ores et déjà des dispositions militaires. C’était le prélude à la constitution de l’OTAN.
La bureaucratie chinoise se sentant menacée faisait intervenir massivement ses troupes en Corée. Au prix de pertes monstrueuses, elles mettaient en déroute les troupes américaines. Les troupes chinoises ne furent bloquées qu’au niveau, à nouveau, du 38ème parallèle. En réplique à l’intervention chinoise, Mac Arthur propose alors d’attaquer la Chine en utilisant les armes atomiques. Le président Truman le démit de son commandement et le remplaça par le général Ridgway.
Il ne s’agit pas ici de retracer totalement le déroulement de la guerre de Corée mais de souligner que la bureaucratie du Kremlin, la voie de la Révolution lui étant interdite, en a été réduite à une politique aventuriste et à se situer sur le terrain même de l’adversaire, à s’engager dans la course aux armements, voire dans la guerre.
L’affaire des missiles de Cuba en est une démonstration encore plus évidente : le 23 octobre 1962, les États-Unis faisaient savoir que l’URSS installait à Cuba des fusées capables de frapper le territoire américain. Kennedy annonçait qu’il donnait l’ordre d’appliquer une quarantaine au trafic d’armes offensives vers Cuba (en d’autres termes de bloquer ce trafic). A cette fin, une formidable armada américaine se rassemblait entre les côtes de Cuba et les côtes américaines. La bureaucratie du Kremlin déclara maintenir ses fusées à Cuba, en faisant monter la tension à un point extrême, à la limite de l’affrontement militaire pour finalement capituler et accepter de démanteler ses fusées.
Après la mort de Staline, la crise de la bureaucratie du Kremlin n’a cessé de rebondir. mais ce qui a marqué essentiellement cette période ce sont les mouvements révolutionnaires dans les pays occupés par le Kremlin (déjà évoqués plus haut) qui vont du mouvement révolutionnaire de la partie Est de l’Allemagne en Juin 1953 à la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 (mur que la bureaucratie du Kremlin a édifié en 1961 pour stopper l’hémorragie d’allemands passant de l’Est à l’Ouest).
Il est impossible de suivre ici la politique que Khrouchtchev et ses successeurs ont pratiquée. Qu’il suffise de dire que dans de nouvelles conditions, elle s’est entièrement située en défense de la bureaucratie du Kremlin.
Il n’y a pas qu’en Russie que le mode de production capitaliste a été restauré, c’est le cas dans l’ensemble des pays de l’ex-URSS et dans ceux de la partie Est de l’Europe que le Kremlin contrôlait. L’exemple de la Tchécoslovaquie est de ce point de vue démonstratif. Louis Gauthier ne saurait être soupçonné d’amplifier les faits dans ce domaine : il publie dans La Vérité de Septembre 1996, un article intitulé : "A propos des privatisations à l’Est de l’Europe" qui peut être largement utilisé. Il y établit qu’indiscutablement dans l’ensemble des pays de l’Est de l’Europe que contrôlait le Kremlin, le capitalisme est redevenu le mode de production dominant, ce qui signifie pour les prolétaires de ces pays "une formidable régression sociale". Toute trace de l’économie planifiée n’a pas pour autant disparu et le prolétariat des secteurs où ces traces subsistent s’y accroche et les défend. A ce point, il faut rappeler ce que signifiait la nécessité d’une révolution politique (se reporter à la citation de la Révolution Trahie faite plus haut. Mais Trotsky écrivait encore :
" Ces deux notions de la Révolution et de la guerre, loin de s’opposer ou de se distinguer en tant que deux étapes considérablement différentes de l’évolution, se rapprochent et s’entrelacent au point de se confondre par endroits et par moments. A leur place, c’est la notion de la Révolution-guerre et de la Guerre-révolution qui émerge et sur laquelle doivent se fonder les perspectives et l’orientation des marxistes révolutionnaires de notre époque".
En Europe (voir ci-dessus), la IVème Internationale et ses sections étaient à reconstruire. Dès 1943, cette tache a été entreprise (voir plus haut). Mais ce fut dans un respect purement formel de ce que Trotsky avait écrit et des perspectives qu’il avait ouvertes au début de la guerre en 1940 : crise et dislocation de la bureaucratie stalinienne, crise majeure du mode de production capitaliste, liquidations sans appel de la démocratie bourgeoise, etc... Dans ces conditions, la IVème Internationale et ses sections pourraient devenir les organisations regroupant l’avant-garde révolutionnaire du prolétariat et finalement résoudre sa crise de direction. Avec des corrections que la réalité a imposées, cette appréciation a nourri la politique de la direction de la IVème Internationale. Avec la transformation d’une Conférence internationale en "IIème Congrès mondial de la IVème Internationale" alors que la IVème Internationale en était encore au stade de la construction élémentaire, de son homogénéisation, n’était toujours pas implantée dans le prolétariat et encore moins reconnue par lui comme "sa direction". Le délire du "IIème Congrès mondial" a eu comme contrecoup le pablisme. Il faut maintenant analyser le pourquoi, le comment et les conséquences du rétablissement du capitalisme en Russie, dans les pays de l’ex-URSS et ceux de la partie Est de l’Europe que l’armée du Kremlin avait occupés. Staline et la bureaucratie du Kremlin ont réussi à couper le prolétariat de l’URSS de sa propre histoire. Pour y parvenir ils ont liquidé physiquement la génération d’Octobre et l’ont déconsidérée. L’assassinat de Trotsky était donc pour eux une nécessité ; la capitulation de la IVème Internationale a fait le reste. Mais agissant ainsi "nolens volens" Staline préparait l’éclatement de la bureaucratie du Kremlin, les conditions de la restauration capitaliste.
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Aujourd’hui, les États de l’ex-URSS, de l’Est de l’Europe, sont des États bourgeois en reconstruction. En URSS, l’État ouvrier était issu de la mobilisation des masses, de la Révolution d’Octobre 1917, de la prise du pouvoir par le parti bolchevik devenu majoritaire dans les Soviets. La dégénérescence de cet État amenait la IVème Internationale à le caractériser comme un État ouvrier dégénéré. Dans la partie Est de l’Europe occupée par l’armée de l’URSS au sortir de la 2ème Guerre mondiale, les États bourgeois ont été transformés par la bureaucratie stalinienne en États ouvriers bureaucratiques. En Chine, après la prise du pouvoir par le PCC en 1949, la bureaucratie maintien les rapports bourgeois de propriété. C’est lors de la guerre de Corée, pour les besoins du combat, que l’appareil du PCC exproprie la bourgeoisie. Un processus du même type s’est déroulé à Cuba. Ces États étaient des États bureaucratisés dès le départ. Les superstructures de ces États étaient depuis longtemps bourgeoises, leurs infrastructures économiques et sociales sont redevenues en totalité bourgeoises dans les États issus de l’éclatement de l’URSS, dans les États de l’Est de l’Europe (ce sont aujourd’hui des États bourgeois) ; elles sont à la limite de l’être à Cuba et en Chine.
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Il est indispensable de caractériser ce que la restauration du capitalisme signifie pour le prolétariat russe, les prolétariats de l’ex-URSS, de la partie Est de l’Europe que la bureaucratie contrôlait : une très dure défaite historique ; et pas seulement pour ces prolétariats, pour le prolétariat mondial également. La contre-révolution sociale triomphante en URSS rejette loin en arrière le prolétariat mondial. Les prises de position des partis social-démocrates, des PC le montrent à l’évidence. Jusqu’alors, ils devaient se réclamer formellement (les dimanches et les jours de fête, il est vrai) du socialisme, du communisme pour garder leur emprise sur les prolétariats. Désormais ils les rejettent et les dénoncent en les identifiant au régime stalinien et en déclarant que le socialisme, le communisme ont fait faillite, ils se situent ouvertement dans le cadre de la prétendue "mondialisation du capital" (voir la suite de ce texte).
Le Comité pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire, la construction de l’Internationale ouvrière révolutionnaire doit avoir pleine conscience de cette défaite. La Révolution sociale est à refaire. Pour l’instant, les prolétariats ne peuvent partir que de la défense de leurs conditions de travail et de vie pour engager le combat et non plus de l’acquis que représentait l’expropriation du capital en URSS et dans les pays de la partie Est de l’Europe.
Pour la classe ouvrière mondiale, la victoire de la révolution russe a signifié que dans tous les pays elle pouvait prendre le pouvoir, qu’elle pouvait détruire l’État bourgeois, construire son propre État, exproprier le capital, organiser une nouvelle économie.
Mais en URSS l’État ouvrier a dégénéré. Dans la partie Est de l’Europe, en Chine, au Vietnam etc... le capital a également été exproprié. Mais les États ouvriers ont été des États ouvriers bureaucratisés dès leur origine. Dans tous les cas ils avaient des aspects repoussants. Déjà pour des couches de plus en plus importantes de travailleurs des pays capitalistes ils sont devenus des repoussoirs. Cela s’est aggravé après les répressions sanglantes au moyen desquelles l’armée de la bureaucratie a écrasé les mouvements révolutionnaires de juin 53 dans la partie Est de l’Allemagne, de Hongrie de novembre-décembre 1956, de Tchécoslovaquie en 1968.
Désormais une nouvelle étape est franchie, celle de la restauration capitaliste. Il apparaît à la quasi totalité du prolétariat que les États ouvriers ne sont pas viables, qu’ils étaient voués à dégénérer et à s’effondrer, à être balayés, que la restauration capitaliste était à plus ou moins longue échéance inéluctable. Cela les déboussole politiquement. Bien entendu la bourgeoisie enfonce le clou, elle ne cesse de marteler que l’aventure est terminée, qui s’achève par un formidable fiasco. Cette situation totalement nouvelle pour la classe ouvrière permet aux chefs des partis social-démocrates et staliniens de se "déboutonner" : enfin ils peuvent parler franchement, enfin ils peuvent exprimer leu